Un météorographe (ou météographe)
est un appareil de mesure dont le type le plus courant enregistre
sur papier des grandeurs physiques comme la pression atmosphérique,
la température et l'humidité. Sa configuration la
plus connue est celle d'un tambour portant une feuille de papier
spécial souvent pré-imprimé sur laquelle
une plume chargée d'encre grasse vient tracer une courbe
déterminée par le déplacement du style qui
la supporte et par la rotation du tambour provoquée par
un mouvement d'horlogerie.
Le météorographe est un perfectionnement
du barographe et du thermographe qui combine leurs deux fonctions
en y ajoutant parfois la mesure d'humidité. Différents
procédés de traçage sont utilisés
selon l'environnement où se déroulent les mesures
et celui où l'appareil devra séjourner après
que celles-ci soient effectuées.
Il a été mis au point à la fin
du 19ème siècle pour être utilisé sur
les ballons-sondes et les cerfs-volants météorologiques,
puis sur les avions aux environs des années 1910. On peut
le considérer comme l'ancêtre des data-logger et
autres systèmes électroniques enregistreurs de données.
Le thermographe Jules Richard
Le 3 décembre 1892, la revue La Nature publie
un article de Charles-Edouard GUILLAUME reprenant en partie le
projet de ballon-sonde du commandant Charles RENARD directeur
de l'Établissement central d'aérostation militaire
de Chalais-Meudon [01]. Parmi les appareils embarqués,
le thermographe Jules RICHARD est pressenti pour enregistrer les
mesures de température en association avec le barographe
du même constructeur. Ces appareils de grande qualité
étaient utilisés jusqu'alors pour des mesures au
sol ou à l'occasion d'expériences dans des ballons
montés et pesaient chacun 2,8kg mais, grâce à
l'emploi de l'aluminium (au lieu du laiton) et à une conception
toute tournée vers l'allégement, la masse de chaque
appareil a été divisée par deux. Ils seront
protégés des chocs par une sorte de cage en bambou
et en osier, le parachoc, dans lesquels ils seront accrochés
à l'aide de liens en caoutchouc.
L'élément sensible du thermomètre
est une spirale creuse (qui n'est pas sans rappeler le tube de
Bourdon) dont le canal, d'une épaisseur de 0,2mm est rempli
d'alcool. Pour la protéger des chocs, la spirale est enfermée
dans une sorte de crépine métallique (repère
T sur la gravure ci-dessous) qui dépasse du boîtier
de l'appareil. Le mouvement de rotation de l'axe sur lequel est
fixée une extrémité de la spirale est transmis
à un style (rep. S) par l'intermédiaire d'un
système bielle-manivelle (rep. L). A l'extrémité
du style une petite coupelle triangulaire contient une goutte
d'encre suffisamment grasse pour ne pas couler lors des mouvements
de la nacelle sous le ballon et suffisamment fluide pour marquer
le papier, surtout à des températures pouvant descendre
à -70 ou -80°C.
Le tambour portant le papier quadrillé est
entraîné par un mouvement d'horlogerie que l'on remonte
avec une clé. Il doit être capable de tenir toute
la durée du vol et surtout de ne pas se gripper à
cause d'une huile se figeant aux très basses températures
; une des solutions trouvées a été ne ne
plus mettre d'huile du tout...
Certains modèles seront équipés
par la suite d'une tige (rep. D) soulevant automatiquement
la plume au bout d'un tour du tambour pour éviter que,
lors de la récupération et du transport de retour
de la nacelle, le tracé ne soit souillé par les
mouvements intempestifs de la plume ou surchargé lors des
rotations suivantes.
Sur la figure ci-dessous à droite est représentée
la chaîne de vol envisagée par Charles RENARD. En
réalité les deux appareils de base, le thermographe
et le barographe, ainsi que les autres appareils éventuels
seront groupés dans une seule et même nacelle.
Le thermographe sans son boîtier. C : tambour rotatif D : tige soulevant la plume du papier L : levier amplificateur P : plume S : style T : sonde de température en spirale
Un barographe
dans sa cage parachoc. S : sandow en caoutchouc
T : thermographe B : barographe
Cage parachoc accrochée
sous le ballon.
Le baro-thermographe
Comme on le devine, le barothermographe est un enregistreur
graphique qui trace simultanément sur la même feuille
la pression et la température.
Utiliser deux appareils séparés, plutôt qu'un
seul assurant les deux fonctions, présente deux inconvénients
:
- Les deux graphiques peuvent être décalés
dans le temps si les appareils ne sont pas bien synchronisés.
En outre, pour peu qu'un des mécanismes peine à
tourner à cause du froid, l'échelle du temps ne
sera pas la même sur les deux feuilles.
- La masse des deux appareils est pratiquement double de celle
d'un seul thermographe. Il en est de même pour les volumes
occupés.
Les deux figures ci-dessous sont tirées de
l'Aérophile de 1893 ; ce sont les baro-thermographes utilisés
dans l'Aérophile 3 et, à
quelques détails près, dans l'Aérophile 2. L'appareil de gauche, fabriqué par la maison Jules
Richard à la demande de Gustave HERMITE, est réalisé
en aluminium, un métal bien moins courant en 1893 que maintenant.
En dehors de sa légèreté (900g), il a la
particularité d'avoir ses deux organes de mesure, le baromètre
et le thermomètre, superposés. Bien sûr, la
hauteur du cylindre (et la largeur du papier) est pratiquement
doublée mais les deux mesures sont parfaitement synchronisées
sur le papier, ce qui n'est pas le cas du barothermographe classique
(figure de droite, ci-dessous) ; en outre les deux courbes ne
se chevauchent pas, et peuvent avoir un fond quadrillé
adapté, ce qui facilite la lecture. Le capteur du baromètre
est basé sur le principe du manomètre de Bourdon,
il est constitué principalement d'une sorte de tube très
plat, dans lequel on a fait le vide, enroulé en arc de
cercle. Son avantage par rapport à celui utilisant des
capsules de Vidie est une bonne linéarité sur une
large gamme de pression car il descend à 100hPa.
Le capteur thermométrique lui ressemble beaucoup à
cela près que le tube en arc de cercle est rempli d'alcool.
Il peut descendre jusqu'à -83°C. Le principal défaut
de ces capteurs de température est leur inertie thermique
qui provoque un retard important dans la mesure de la température
; ainsi la température mesurée à 2000m est
celle de l'air à une altitude bien inférieure. L'influence
de l'inertie se manifeste également dans l'estimation de
la décroissance thermique avec un gradient thermique de
-5°C/km constaté lors du vol du premier aérophile
le 21 mars 1893 [02]. Un autre phénomène de perturbation
des mesures de la température à haute altitude a
été causé par le rayonnement solaire. Cette
perturbation a été réduite, sans toutefois
avoir été supprimée totalement, en plaçant
les enregistreurs à l'abri d'un pare-soleil argenté.
Quant à l'inertie thermique, elle ne pourra être
réduite qu'en utilisant des capteurs moins massifs et mieux
ventilés.
Barothermographe en aluminium
Barothermographe en laiton
utilisé pour les mesures dans le ballon lui-même.
Encre ou noir de fumée
Pour le 4ème vol de l'Aérophile, le 22/03/1896,
Gustave HERMITE avait placé, au centre de la sphère
constitué par l'enveloppe, un barothermographe mesurant
la température en fonction de l'altitude. Comme le gaz
était plus ou moins réchauffé par les rayons
du soleil, la température ne descendait guère en
dessous de -30°C et un appareil enregistreur utilisant de
l'encre pouvait convenir. Par contre, dans la nacelle mesurant
la température de l'air (qui peut descendre à -80°C),
le barothermographe inscrivait les variations de pression et de
température sur un papier "enfumé", autrement
dit couvert de noir de fumée. La plume est une pointe sèche
qui frotte sur le papier en laissant une trace très fine
et d'une qualité constante, contrairement à l'encre
dont la viscosité varie avec la température. Pour
que les manipulations ne brouillent pas le tracé en déplaçant
les particules fuligineuses sur le trait plus clair, le papier
enfumé doit être fixé ; pour cela, Gustave
HERMITE le trempe dans un vernis constitué de gomme-laque
dissoute dans de l'alcool. Des plaques métalliques polies
(en cuivre, par exemple) puis enfumées ont été
également utilisées.
Le barographe à minima de Gustave HERMITE
Il a été utilisé sur un des tout
premiers ballons-sondes, le 4 octobre 1892 d'abord (mais la nacelle
n'a pas été retrouvée), et le 11 octobre
où il atteignit l'altitude de 1200m avant d'atterrir à
Montdauphin (77). Il pèse 75g et peut être emporté
par un ballon de petit diamètre. Le 4 octobre il était
associé à un thermomètre à minima-maxima
et l'ensemble pesait 230g avec le distributeur de cartes-questionnaires.
Pour Gustave HERMITE qui imagine cette solution très
simple, le but est simplement de répondre à cette
question : "jusqu'où peut monter un petit ballon en
papier rempli de gaz d'éclairage ? ". La réponse
permettra de mesurer les effets des améliorations successives
et le petit barographe enregistrera successivement des hauteurs
de 1200, 3000, 8000 et 9000m lors de la série d'essais
des premiers ballons-sondes qui a permis la mise au point des
ballons "aérophile".
La description et le fonctionnement de ce petit appareil
fait l'objet de la page : Le barographe
à minima-maxima de Gustave HERMITE.
Le météorographe universel
Construit par Jules
Richard en 1894 sur les indications de Georges BESANÇON
et Gustave HERMITE, il intégre les trois types de capteurs
: pression, température et humidité (PTU) et trace
de manière synchrone sur le même tambour les variations
des trois valeurs. Lawrence ROTCH l'a utilisé pour effectuer
ses sondages par cerf-volant.
Les capteurs sont basés sur les principes suivants
:
- P : trois capsules de Vidie
- T : tube de Bourdon rempli d'alcool
- U : mèche de cheveux
La carcasse et la plupart des pièces mécaniques
sont en aluminium de façon à réduire la masse
totale de l'ensemble, une masse qui ne dépasse par 1,3
kg et permet l'utilisation de l'appareil avec un cerf-volant ou
un ballon captif.
Sources : [03] et [04].
Le météorographe de Teisserenc de Bort
En se basant sur les
enregistreurs utilisés par ses prédécesseurs,
Léon TEISSERENC de BORT a mis au point un météorographe
répondant aux exigences des membres de la Commission internationale
chargée de coordonner les ascensions internationales. Il
est devenu une sorte de standard puisque 73% des ballons-sondes
lâchés pendant les sondages internationaux de 1901
l'utilisaient.
L'exemplaire figurant sur la photo ci-contre est une
pièce rare appartenant à la collection du SETIM.
Il date de 1898, c'est à dire des tout débuts de
l'exploration aérologique à Trappes. Bien qu'il
puisse être utilisé sur cerf-volant ou ballon captif
ce météographe avec son parachute en soie (rep.
S) semble avoir été destiné
à être emporté à très haute
altitude par un ballon-sonde en papier verni.
Comme les appareils décrits plus haut il se
compose d'un tambour (rep. C), entraîné
par un mouvement d'horlogerie, sur lequel est fixée une
feuille d'aluminium poli et couverte de noir de fumée [].
Les pointes des styles u, t et p (reliés comme on le devine
aux capteurs d'humidité, de température et de pression)
frotte légèrement sur la surface noircie en laissant
une trace claire très fine et stable (tant qu'on n'y met
pas les doigts). Pour servir de référence aux trois
courbes, un quatrième style (rep. F),
fixe, marque une ligne au bas de la plaque d'aluminium. La tige
rep. L a pour rôle d'écarter en
même temps les quatre styles pour permettre le démontage
du tambour.
Les capteurs sont :
- un tube de Bourdon classique pour la pression (rep. P)
- un élément sensible reprenant le principe d'un
tube de Bourdon mais rempli d'alcool dont la dilatation déforme
le tube (rep. T) en faisant pivoter le style correspondant
par l'intermédiaire d'une biellette.
- un faisceau de cheveux, autrement dit une mèche, (rep.
U) dont les faibles variations de longueur
en fonction de l'humidité sont amplifiées par un
jeu de leviers.
L'appareil est protégé du froid ou de
la chaleur du soleil par une boîte en liège emmitouflé
dans une couverture de laine épaisse. Les indications du
baromètre, organe sensible également à la
température, n'en sont que plus fidèles [05]. Bien
sûr le capteur thermométrique et celui d'humidité
sont à l'extérieur de la boîte, bien placés
dans le courant d'air provoqué par la course verticale
du ballon.
Pendant le vol, le météorographe est
placé dans le panier en osier (rep. N)
qui le protège des chocs. Pour les ascensions de jour,
un pare-soleil réfléchissant en forme de cheminée
à section carrée entoure le panier pour maintenir
à l'ombre les capteurs T
et U.
Bibliographie, sources et notes
01 : L'exploration des hautes régions de l'atmosphère
par Charles-Edouard GUILLAUME - La Nature, revue des sciences
du 05/12/1892
02 : L'exploration de la Haute Atmosphère par Gustave HERMITE
- L'Aérophile n°4 de 1893 - (Gallica-BnF)
03 : Le météorographe universel - L'Aérophile
n°4 de 1896 - (Gallica-BnF)
04 : Baro-thermo-hygromètre enregistreur - Gaston TISSANDIER
- La Nature n°1184 du 8/2/1896 (CNUM)
05 : Leçons sur la navigation aérienne par Lucien
MARCHIS - Dunod 1903 (Gallica/BM de Bordeaux)
06 : Rappelons que pour noircir une plaque de verre ou de métal,
il suffit de passer celle-ci au dessus de la flamme d'une bougie
ou d'une lampe à pétrole. Pour conserver la plaque
avec le tracé il est nécessaire de le fixer avec
un vernis.