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Voir aussi : Ecoute
d'une radiosonde - Lâcher
d'une radiosonde - Les
radiosondes, mais c'est très simple ! - Album photo - Petites histoires de chasseurs
-
Comment un OM normal, souvent père de famille,
respecté dans sa paroisse et sérieux dans la vraie
vie peut-il arriver à se relever la nuit pour partir fébrilement
à la recherche d'une boîte en matière plastique
retombée de 30000m d'altitude et vraisemblablement accrochée
dans un arbre ? Comment près de six cents OM normaux en
sont-ils arrivés là ?
Les radioamateurs et la radiogoniométrie, bref historique
Dès les débuts
de la TSF, déterminer la position d'un émetteur
éloigné a été une préoccupation,
comme par exemple pour localiser un émetteur ennemi pendant
la Première guerre. Dans le domaine de la navigation, tant
maritime qu'aérienne, le développement des radiophares
dont les signaux émis ne sont pas soumis à l'absorption
par le brouillard comme l'est un rayon lumineux, a permis aux
bateaux et aux aéronefs équipés d'un récepteur
et d'une antenne directive de déterminer la direction d'un
point connu.
Dès 1930, pour déterminer la direction
des vents à différentes altitudes, les premières
radiosondes étaient suivies par radiogoniométrie,
art de déterminer la position de la source d'un signal
radio en traçant sur une carte deux ou plusieurs relevés
se croisant théoriquement à l'endroit du point d'émission.
(Voir Les débuts du radiosondage
1920-1945)
Les radioamateurs se sont, eux aussi, intéressés
à la radiogoniométrie dès le début
mais c'est surtout après la Seconde guerre mondiale, grâce
à la possibilité de réaliser des récepteurs
mobiles, en particulier après l'apparition des premiers
transistors dans les années 1960, que se développa
une activité à la fois ludique et technique : la
chasse au renard. Le renard est un petit émetteur que l'organisateur
de la chasse cache dans la nature (ou parfois en ville) et que
les concurrents cherchent à retrouver le plus vite possible,
le premier arrivé étant déclaré vainqueur
de la course. Cette activité accessible à tous a
un grand mérite : celui de réconcilier la famille
avec la passion d'un de ses membres mais aussi de faire découvrir
la radio d'amateur au grand public et en particulier aux jeunes.
A partir des années 1980 des associations de
radioamateurs, les ADRASEC (Association Départementale
des Radio-Amateurs au Service de la Sécurité Civile),
se sont formées dans le but de participer à la recherche
des avions accidentés à l'aide des signaux émis
par la balise de détresse installée à leurs
bord, un émetteur se mettant en marche lors d'un choc.
La radiogoniométrie d'amateur avait trouvé là
une application hautement sérieuse et ces équipes
de bénévoles ont consacré une grande partie
de leur activité à s'entraîner sur le terrain.
La méthode généralement employée est
grosso modo celle d'une chasse au renard où l'évolution
des équipes de recherche sur le terrain est coordonnée
par un PC, poste de commandement normalement implanté en
préfecture dans le cas d'une vraie catastrophe aérienne.
Photo ci-contre : jeune chasseur de renard
La radiogoniométrie des amateurs
La recherche d'une
balise de détresse dans un temps le plus court possible
nécessite un haut niveau de performance dans de nombreux
domaines :
- précision des mesures de direction à l'aide de
l'antenne directive et de la boussole
- grande sensibilité des équipements de réception
pour retrouver un signal souvent très faible
- excellente connaissance du terrain, tant pour les déplacements
en véhicule pour se rendre rapidement d'un point de la
zone à un autre que lors de la progression sur le terrain,
parfois boisé ou montagneux
- capacité à interpréter les relevés
effectués en tenant compte des échos ou des affaiblissements
dus au terrain (relief, végétation...)
- bonne condition physique et équipement fiable des participants.
Toutes ces qualités ne s'acquièrent qu'au travers
d'exercices nombreux et diversifiés. Les ADRASEC les plus
performantes passent une grande partie de leur temps à
s'entraîner sur le terrain, à décortiquer
les précédents exercices lors de séances
de formation et à améliorer leur matériel.
En dehors des ADRASEC, deux autres activités
permettent au radioamateur de rechercher des balises : la radiogoniométrie
sportive, qui est un mélange savant de chasse au renard
et de course d'orientation, et la recherche des ballons-radioamateur
ou, plus fréquemment, des ballons-écoles. Dans ce
dernier cas, les ballons réalisés par des classes
sont équipés d'un émetteur sur 137 ou 138
MHz qui retransmet les mesures effectuées par les capteurs
installés dans la nacelle par les étudiants. C'est
la recherche des ballons-écoles qui a conduit, plus ou
moins directement, les radioamateurs à s'intéresser
aux radiosondes. On verra plus loin comment.
Photo ci-contre : un émetteur de radiogoniométrie
sportive
Le besoin de s'entraîner
Comme dans toute activité humaine, il y a des
pratiquants de la radiogoniométrie qui sont passionnés.
Leurs motivations sont variées : envie d'être le
meilleur et de trouver le renard le premier, soif de connaissances
et besoin d'améliorer son matériel et ses techniques
de recherche, plaisir de pratiquer une activité avec les
autres en combinant à la fois la radio et la marche en
pleine nature...
Mais les plus mordus ne se contentent pas de la chasse au renard
annuelle organisée par le radioclub du coin, de la compétition
de radiogoniométrie sportive ou de l'exercice ADRASEC trimestriel,
ils organisent parfois, à deux ou trois, un petit exercice
sur le terrain, l'un cachant un ou plusieurs émetteurs
tandis que l'autre - ou les autres - les recherchent. L'ennui
est qu'il faut toujours quelqu'un pour cacher la balise et, même
si le fait de poser un problème aux autres est un plaisir
en soi, il faut dire que la recherche de la solution en elle-même
est bien plus motivante.
" Si les balises se cachaient toutes seules, ce serait quand
même bien pratique..." pensait Stéphane F1SRX
en 2005, on pourrait économiser un opérateur ou
bien s'entraîner tout seul...
Les balises qui se cachent toutes seules
Avant 2004, la plupart des radioamateurs savaient
vaguement qu'il existait des ballons-sondes météo
utilisés pour mesurer l'état de l'atmosphère
en altitude mais sans trop savoir où et quand ces radiosondes
étaient lâchées. Dans le meilleur des cas
on savait que Lyon ou Trappes en envoyaient et que les émetteurs
de ces radiosondes utilisaient des fréquences aux alentours
de 400 MHz. Quelques radioamateurs avaient eu l'occasion
d'en voir de plus près lors de la visite d'un centre de
radiosondage ou dans une exposition. Parfois un agriculteur ou
un randonneur était venu sonner chez l'un d'entre-eux pour
lui demander ce que pouvait être cette boîte blanche
retrouvée dans la nature, bourrée de circuits électroniques
et munie d'une antenne. Mais jusqu'en 2004 bien peu avaient eu
l'idée ou pris le temps de se mettre à l'écoute
des radiosondes, ne sachant généralement pas quoi,
quand et sur quelle fréquence écouter.
Stéphane F1SRX faisait partie de ceux-là.
Un jour, un copain radioamateur avait découvert tout près
de chez lui ce qu'il avait facilement identifié comme un
ballon-sonde météo et en avait parlé à
Stéphane tout aussi ignorant mais plus curieux que son
collègue ; il était rentré à la maison
bien décidé à en savoir plus et à
essayer de les écouter. Sans tarder, il avait commencé
par se fabriquer une petite antenne 5 élements sur 400MHz.
Sachant à quelles heures elles partaient, il s'était
mis à l'écoute avec un petit scanner et cherchait
à entendre celle de Payerne, la plus proche de chez lui
et qui aurait dû être très confortablement
reçue en direction de l'Est ; mais rien, jamais rien, même
en balayant la bande de 400 à 406MHz. Un mystère.
Deux ans de galère
Quelques infos trouvées sur Internet (il y
avait déjà quelques chasseurs de radiosondes en
Allemagne et en Angleterre) préconisaient d'écouter
en FM, c'est donc en FM que Stéphane écoutait. Effectivement,
il entendait bien des signaux provenant vraisemblablement de radiosondes
en direction du nord, de l'ouest et du sud mais jamais rien en
direction de Payerne. Sachant que le centre de Météo-Suisse
procédait à des radiosondages réguliers,
quatre fois par jour, il se décida un jour à faire
le déplacement en deux heures de route pour assister au
départ de la radiosonde et écouter son signal, supposé
être très puissant puisque très proche. Il
range sa voiture à quelques centaines de mètres
du centre, la radiosonde s'envole, il voit le ballon disparaître
dans le ciel : rien dans le récepteur à part un
vague grésillement sur une grande partie de la bande. Machinalement
il passe en AM et miracle : un signal très fort, comme
le bruit d'un moustique plus ou moins modulé. Pas de doute,
c'est elle et elle n'est audible qu'en AM ! Il suffisait de le
savoir.
Les jours qui suivent, Stéphane passe pas mal
de temps à écouter pour se familiariser avec la
bête. D'abord avec sa fréquence, qui glisse d'un
bout à l'autre de la bande et souvent hors bande, avec
les variations du signal reçu, de la modulation... En montant,
la température à l'intérieur du boîtier
en polystyrène descend et la fréquence monte (ou
parfois descend, selon l'humeur de l'oscillateur). A l'éclatement,
le signal s'étale sur des centaines de kilohertz et il
est très difficile de mesurer la direction. La chute est
rapide : un quart d'heure en général.
Comme Payerne est à l'est de son QRA et que
les vents dominants entraînent neuf fois sur dix les radiosondes
de Payerne vers l'Est, il est rare que ces dernières retombent
dans la région. Heureusement, il existe une application
sur Internet qui permet de calculer la trajectoire d'un ballon
en connaissant son point de départ, le moment de son lâcher
et l'altitude d'éclatement. C'est grâce à
cet outil que Stéphane a pu savoir qu'une radiosonde de
Payerne allait retomber dans son secteur.
Maintenant que toutes les radiosondes ou presque peuvent
être décodées et suivies dans leurs déplacements
à quelques mètres près, on a du mal à
imaginer les difficultés pour retrouver une SRS-400 fabriquée
par Meteolabor en Suisse avec une technologie qui datait d'avant
les oscillateurs synthétisés. En plus, la fiabilité
des prévisions était très médiocre
car on ne connaissait pas encore les paramètres essentiels
déterminant la trajectoire, en particulier l'altitude d'éclatement
et la vitesse de chute. Prétendre chasser une SRS-400 en
2006 équivalait à vouloir pécher un merlan
sans savoir s'il vit dans la mer, dans une rivière ou dans
une fontaine. Il fallait vraiment avoir beaucoup de chance.
Heureusement la chance finit toujours plus ou moins
par arriver. Au bout de deux ans d'errements, F1SRX réussit
à suivre le signal d'une SRS de Payerne jusqu'à
l'endroit où elle s'était posée.
La première par Stéphane F1SRX
" Ça
fait plusieurs jours que je surveille les prévisions avec
BTF que jutilise régulièrement depuis plusieurs
années pour les ballons des écoles, et la radiosonde
de Payerne semble vouloir sapprocher de la frontière
française.
On est le jeudi 6 juillet 2006, il fait beau et vers
19h30, je quitte le QRA en direction de la Chaux de Fonds. Tout
en roulant, jentends nettement la radiosonde sur 402,300
MHz. Cest celle de 18h00 TU. Je me rends compte que je suis
à la bourre et jaccélère un peu. La
Chaux de Fonds, cest presque à 1h00 du QRA. Passage
de la frontière suisse. Aujourdhui, cest simple,
mais il y a quelques années, rien que davoir 2 antennes
sur le toit (et ce nest pas beaucoup pour un radioamateur
!) on attirait lattention des douaniers. Je ne leur ai jamais
dit que je chassais leurs ballons, mais néanmoins il mest
arrivé plusieurs fois de poireauter pendant quils
décrivaient à lOFCOM ce quils avaient
devant eux.
Revenons à notre « chasse ». Il
est 20h30, je suis arrivé sur le point soit-disant de chute
du ballon et à peine 5 mn après, je perds le signal.
Jai du mal à me rappeler de la direction : 200 ?
On va dire que cest ca. Cest bien fait pour moi, jaurais
dû surveiller la chute !
Je ne sais pas pourquoi, mais je décide de
ne pas poursuivre dans le sens du relevé, mais de grimper
sur un point haut remarquable : le Chasseral. Ce nest pas
tout près, mais cest un point à 1600 m daltitude.
Là-haut, après une bonne heure découte,
je retrouve la radiosonde sur 404.250 MHz, signal 55, au 275°.
Une heure pour ça ? Et bien oui, la radiosonde de Payerne
dérive comme une savonnette et cest encore pire lorsquelle
a touché le sol. Pour retrouver le signal, il faut donc
tourner la directive dans tous les sens pendant quon balaye
la fréquence de plusieurs MHz par rapport à la fréquence
où on la perdue. Et ceci en montant et en descendant
en fréquence.
Vers 23h00, je quitte le point haut. On a beau être
en été, mais au Chasseral, il ne fait jamais chaud,
surtout la nuit ! Deux heures plus tard, jai 2 nouveaux
relevés que je trace sur la carte : rien ne se croise !
Ou plutôt si : les relevés se croisent nimporte
où (photo ci-contre) ! Je dois ratisser pendant
des heures en longeant la frontière et le Doubs et je nentends
rien depuis la voiture. Vers 3h00 du matin, je déclare
forfait et rentre à la maison, déçu. Bah,
ca nest pas la 1ère fois, cest au moins le
20ième échec ! Je ne sais plus ce que jai
raconté à Céline, mon YL, mais elle a dû
me faire confiance
Echec ? Je croyais quon parlait de la 1ère radiosonde
trouvée par SRX ?
Attendez un peu, impatients, ce n'est pas fini !
Le lendemain, pendant
ma pause de midi, je décide de me rendre sur le point de
chute supposé de celle de minuit. Elle aurait passé
largement la frontière pour aller séchouer
en France à une dizaine de km de celle que je chassais
le soir précédent.
Jécoute en roulant, tout en balayant
manuellement la bande complète. Comme je ne lavais
pas écouté pendant son vol, je ne connais pas du
tout sa fréquence. Au bout dune heure de ratissage,
sans succès, je décide de reprendre la route du
pro mais continue de balayer la fréquence. Et dun
coup, bingo : un signal sur 403 MHz. Ce nest pas encore
celle de 12h TU.
Quelques relevés, quelques tracés, une
zone dintersection nette, le bruit dabeille qui devient
très fort dans le haut parleur. Par contre, la fréquence
dérive sacrément vite. Je stoppe le véhicule
pour un relevé complémentaire, mais jai du
mal car la fréquence bouge trop vite. Et quest ce
que je vois, dans le pré, au milieu des vaches ? Une pierre
à sel ? Non, cest quand même pas la radiosonde
! Eh ben si, cest elle, allongée, par terre avec
un gros restant de ballon. Eh bien vous me croirez si vous le
voulez, mais quand je suis arrivé vers elle, il ny
avait plus de bruit dans le récepteur. Un peu comme si
elle mavait attendu pour rendre lâme !
Sur le coup, je ne comprends pas grand-chose, pensant
avoir trouvé celle de minuit. Mais finalement, cest
une radiosonde plus petite que celle que javais vu à
Météosuisse. Cest leur fameuse « windsonde
» quils lancent à 06h00 et 18h00 TU. En fait,
javais trouvé la radiosonde de 18h00 TU que je chassais,
sans succès, le soir précédent ! Comme quoi,
avec un peu de patience, et beaucoup de chance..."
Photo ci-contre : la troisième de F1SRX (et
ses trois QRP)
La conversion, par F5ZV
Stéphane SRX est un passionné et
comme tous les passionnés il cherche à convaincre
par tous les moyens la Terre entière qu'il a découvert
une activité formidable, instructive, accessible à
tous, passionnante etc. Il essaie d'abord de convertir sa famille,
ses voisins, les amis proches, les parents éloignés...
Comme il est radioamateur et que
la chasse aux radiosondes qu'il venait de découvrir intéresse
plutôt les radioamateurs, dans l'été 2006
il a fini par me tomber dessus, cible facile a priori puisque
j'étais comme lui mordu de radiogoniométrie.
- Oh, tu sais pas j'ai découvert ? Une activité
formidable, je chasse les radiosondes !
- Les quoi, demandai-je ?
- Les radiosondes, tu sais bien, les ballons-sondes météos
sur 400MHz, j'en ai déjà trouvé deux. Il
suffit d'avoir un récepteur UHF qui descende sur 400 MHz,
je te ferai une copie du plan de mon antenne...
- Non, non, j'ai pas le temps, j'ai ma rubrique dans Mégahertz,
mon site Internet, le site de l'ADRASEC et encore un autre qui
me prend beaucoup de temps. Un autre jour... plus tard, dans quelques
années peut-être...
- Bon, c'est pas urgent, mais tu pourrais déjà commencer
par écouter.
- J'ai pas de récepteur !
- J'en ai plusieurs, je peux te prêter un scanner...
Et je suis retourné à mes articles de vulgarisation
et à mes petites occupations inutiles.
Début octobre, il me relance : "on visite
en groupe le centre de Payerne à la fin du mois, Jean-Michel
HB9DBB va nous faire une visite, ça t'intéresse
? "
Bien sûr que ça m'intéressait,
pas seulement pour les radiosondes mais aussi pour tous les types
de mesures, le centre de Payerne est un des plus avancés
en Europe. Lors de la visite, passionnante, j'ai eu l'occasion
de voir la deuxième radiosonde de ma vie (la première
était une radiosonde belge trouvée en 1962 par un
copain de collège) : une vraie SRS400-PTU avec son hypsomètre
et ses modules bien rangés dans une grande boîte
en polystyrène (photo-cicontre). Gonflage du ballon
à l'hydrogène, lâcher, suivi de la trajectoire
par le radar et visualisation sur l'écran du PC.
- Elle va où aujourd'hui ?
- Oh, dans les Alpes, au sud de Lucerne
Ah, et bien ce ne sera pas aujourd'hui que je vais aller chasser
ma première radiosonde...
Je ne suis pas encore converti mais je reconnais que
je commence à y croire. Je suis rentré de Payerne
avec beaucoup plus de questions que je n'étais allé
chercher de réponses : jusqu'où montent-elles ?
Comment sont les vents là-haut ? Jusqu'à quelle
distance peut-on les entendre ?
Quand on voit ce qu'on trouve sur le sujet maintenant
en interrogeant Internet, on a du mal à imaginer qu'en
2007 il n'y avait rien (ou presque). Bien sûr SondeMonitor
existait déjà, et BTF aussi, mais quels étaient
les centres de radiosondage actifs, à quelle heure écouter,
sur quelle fréquence, à quoi ressemble la modulation,
comment procéder... ?
En fait, si, il y avait un site consacré à
la chasse aux radiosondes. En français, en plus. Son adresse
était "http://f1srx.fr" ! C'est le site perso
de Stéphane, deux pages sur "comment utiliser BTF
et Balloon-Track pour établir une prévision"
ou l'art d'utiliser un scanner pour écouter la bande 403
MHz...
Début mars 2007, il me signale par email l'existence de
son site et, impressionné, je lui réponds :
"Stéphane,
Merci pour les infos, je suis allé sur ton site : très
bon début ! Mais on sent que
tu n'as pas beaucoup le temps d'y travailler. N'hésite
pas à me demander
si tu as besoin d'un coup de main.
73, Roland. "
Je ne le savais pas encore mais par cette dernière phrase
je venais de signer un engagement pour dix ans (au moins) !
Le projet de site "chasse aux radiosondes"
F5ZV n'avait encore jamais chassé de radiosondes
mais, comme certains journalistes peu scrupuleux, il était
capable d'écrire trois pages sur un sujet dont il ne connaissait
pas la première ligne. Heureusement, F1SRX connaissait
le sujet et était content d'avoir trouvé quelqu'un
pour mettre en forme et publier ses connaissances, sa réponse
à l'email précité exposait les grandes lignes
:
"...effectivement, je n'y passe que peu de temps, et surtout,
je ne suis pas très fort en rédaction d'article.
Je subis souvent le syndrome de la "feuille blanche"
!
Initialement, ce site avait 2 buts :
- pouvoir renvoyer des gens sur une info, sans avoir à
dépendre de quelqu'un d'autre. Ex : sortie à Payerne
: j'y ai mis rapidement les infos et les gens intéressés
pour participer à la visite d'octobre 2006 y trouvaient
tout ce dont ils avaient besoin. Ce genre d'info doit disparaitre
une fois l'activité terminée.
- rédiger des infos, que l'on ne retrouve pas ailleurs,
sur un sujet que je connais (exemple, les radiosondes). Tu ne
retrouveras pas ailleurs, les infos citées. Dans ce cas,
il n'y a pas beaucoup de texte, mais les infos y sont très
nombreuses. Cela m'évite aussi, lorsqu'on m'interroge par
mail, de devoir répéter plusieurs fois les mêmes
choses.
Mais je suis trés conscient qu'il y a encore un travail
énorme. C'est pour cela que je ne fais pas de pub quant
à l'existence de ce site.
Néanmoins, je suis très ouvert à toute proposition,
et j'accepte très volontiers toutes tes remarques, critiques,
conseils, améliorations, aides...
D'ailleurs cela pourrait être une page ou/et une série
d'articles que tu pourrais créer sur ton site, avec moi
(et sûrement d'autres) en testeur.
Mais F5ZV ne voulait
pas ajouter un chapitre sur son site déjà consacré
à la radio d'amateur en général, Stéphane
avait eu l'idée, avait commencé une bonne ébauche,
il suffisait de l'étoffer. A la limite ce serait un projet
commun, une copropriété, et ils ne seraient pas
trop d'être deux pour rassembler la matière à
publier.
D'ailleurs cette matière, ils la recherchaient
ensemble, presque à tâtons tellement la documentation
était rare ou périmée. C'est finalement plus
par la chasse que les infos sont venues et surtout qu'ils ont
acquis tous les deux l'expérience et la pratique nécessaires
pour pouvoir commencer à rédiger les différentes
pages.
Assez rapidement le plan du site s'est dessiné,
6 pages pour présenter le radiosondage et la méthode
pour chasser :
- généralités, qu'est ce qu'une radiosonde
- liste et carte des centres de radiosondage de France et des
environs
- description des différentes radiosondes
- comment calculer des prévisions de trajectoire
- le décodage des RS92SGP avec SondeMonitor
- la recherche sur le terrain et le matériel nécessaire
Quand on part de rien, on a l'impression de progresser
très vite. Les différentes chasses en commun leur
ont permis de mettre au point une méthode de recherche
pour les SRS400 (printemps 2007), les RS92KL (été
2007 : photo ci-contre) et les RS92SGP (automne 2007). Les discussions
avec les professionnels de Météo-France à
Nancy, de Payerne en Suisse, de St-Hubert en Belgique complétées
par des infos en provenance d'OM allemands et français
ont permis de rassembler rapidement une masse d'informations qui
ne pouvait plus tenir en six pages. F5ZV proposa un découpage
en 9 chapitres que l'on subdiviserait en cas de besoin. En novembre
2007 le site en projet dépassait largement ce que Stéphane
avait imaginé au départ. Le 13 novembre, il écrivait
à Roland F5ZV :
"...à propos de la mise en ligne du site sur les
radiosondes, j'y ai réfléchi et je pense que le
meilleur moyen afin que personne ne se sente "lésé"
serait d'avoir un nom de domaine spécial pour cela, avec
chacun un accès au site (droit identique). Par exemple
le nom de domaine http.radiosonde.fr est libre. On aura ainsi
un vrai site en commun (mis en place et entretenu par ZV et SRX).
Sur nos sites respectifs, on mettrait une bafouille (pour les
moteurs de recherche) et un lien sur ce site en commun. "
Ce à quoi répondait F5ZV :
"- je ne me sentirai jamais lésé car ce
qui m'intéresse est de construire le site et non d'en tirer
gloire. Pour moi c'est TON idée, donc TON site. Si j'ai
envisagé d'en mettre le contenu en ligne sur le mien bien
après c'est uniquement pour profiter de la notoriété
de mon espace wanadoo chez Google et autres. Ma profonde motivation
est de produire LE site des radiosondes. il y a un créneau
à prendre au niveau global. Une version anglaise serait
quand même pas mal, avec Bablefish pour dégrossir
et la relecture de quelques copains parfaitement anglophones (j'en
ai au moins 4 sous la main), on devrait s'en sortir.
- bonne idée de prendre un nom de domaine ; "radiosonde.xxx"
sonne bien en français et anglais. Pourquoi pas EU ou COM
? Déjà pris ? "
Pourquoi pas "radiosonde.eu" pendant qu'on y
est ? Cette question s'est révélée lourde
de conséquence car ce ".eu" a justifié
naturellement l'ajout par la suite de pages spécifiques
et de traduction en espagnol, en allemand, en italien et en néerlandais.
Par contre, la version en anglais qui avait été
envisagée n'a jamais vu le jour. Il s'est avéré
que son absence n'empêchait pas de nombreux anglophones
de lire le contenu des pages.
Le 21 novembre 2007 le site était en ligne. Il restait
à le faire connaître d'abord mais surtout à
inciter les radioamateurs à s'essayer à chasser
les radiosondes.
La promotion du site
Roland F5ZV, qui publiait chaque mois dans Mégahertz-Magazine
un article destiné aux débutants, avait proposé
dans le courant de l'été 2007 à la Rédaction
du magazine de rédiger un article sur le radiosondage.
Quelques mois plus tard il était devenu évident
que, vu son épaisseur, cet article serait publié
sur plusieurs numéros et qu'il serait une rampe de lancement
pour le site. Le découpage en épisodes avait été
conçu pour que l'existence du site soit annoncé
dès le début de la publication mais que l'adresse
exacte ne soit révélée qu'à la fin
du quatrième et dernier article. Ce petit suspens allait
fortement participer à faire connaître l'événement.
Autre outil de promotion du site et de l'activité
"chasse aux radiosondes" : une liste de diffusion. C'est
F1SRX qui en a eu l'idée. Fin décembre, c'est à
dire au même moment que la sortie du premier article de
la série dans Mégahertz, la liste "radiosonde-monitoring"
est en place et quelques inscriptions sont déjà
enregistrées. L'adresse du site est dévoilée
aux abonnés de la liste en leur demandant de ne pas la
diffuser tant que le dernier article de la série n'aura
pas été publié dans Mégahertz, pour
ne pas faire de tort à la revue. Bien sûr, ils avaient
l'autorisation de la communiquer aux copains... Si vous voulez
qu'une nouvelle se répande plus vite, confiez-la comme
un secret à quelques personnes... Les résultats
n'ont pas tardé, chaque jour le nombre affiché par
le compteur de visiteurs du site augmentait : deux, trois, cinq,
huit... et les adhésions au groupe Yahoo correspondant
à la liste de diffusion arrivaient petit à petit.
Les messages échangés (une quinzaine par jour en
janvier 2008) concernent surtout l'écoute, grâce
à l'information en temps réel, ou presque, chacun
pouvant signaler une radiosonde entendue. Les autres membres peuvent
alors se mettre à l'écoute. L'entraide est très
efficace et l'ambiance sur la liste est très bonne, le
moindre manquement aux règles de courtoisie et de tolérance
faisant l'objet d'une explication avec les modérateurs.
Les informations véhiculées par la liste
sont recueillies et servent à la mise à jour du
site ; en retour la page "contacts" du site draine les
visiteurs vers la liste de diffusion. Fin janvier 2008 le site
rassemble 90 pages dont beaucoup ont été inspirées,
alimentées voire rédigées par des membres
du groupe.
Très tôt il est apparu que ce n'est plus
un site d'un côté et une liste de diffusion de l'autre
mais un système complet au service d'un mouvement qui commence
alors à prendre forme, une nouvelle activité qui
vient à point pour compléter celles déjà
nombreuses et variées qui constituent la radio d'amateur.
Pourquoi tant d'intérêt pour les radiosondes ?
Arrivé à ce moment de l'histoire on
peut se poser la question : mais qu'est-ce qui a fait que l'écoute
et la chasse des radiosondes deviennent, presque du jour au lendemain,
un volet de la radio d'amateur ?
La première et principale raison est la nature même
de l'activité : l'écoute. Même si la bande
de fréquence utilisée (400,6 à 406MHz) n'est
pas attribuée au service amateur, le radioamateur est d'abord
un écouteur qui cherche à améliorer sans
cesse son équipement ou ses compétences et à
vérifier l'efficacité de ses efforts d'amélioration.
Rares sont les chasseurs de radiosondes qui fabriquent leur récepteur
(ils sont un ou deux pourcents) par contre, chaque chasseur de
RS a été obligé de fabriquer son antenne
car, contrairement à ce qui existe pour la bande amateur
430-440MHz, on ne trouve pas sur le marché d'antenne 400MHz
adaptée à la chasse ou à l'écoute
(ou, du moins, pas à des prix "OM"). Et ces antennes
sont réalisables à peu de frais et avec des moyens
très limités. Le site regroupe une grande variété
de descriptions avec beaucoup de détails pratiques.
Les autres raisons du succès
sont nombreuses :
- c'est une activité accessible au plus grand nombre, sans
nécessiter de connaissances techniques particulières,
- par son aspect ludique, la chasse sur le terrain peut faire
l'objet d'une sortie en famille ou entre amis
- elle se pratique en plein air, sans toutefois réclamer
une grande forme physique ou des efforts importants
- à moins de faire vraiment beaucoup de kilomètres
pour chasser, c'est une activité assez économique.
L'équipement nécessaire est la plupart du temps
utilisable sur les autres bandes radioamateur
- on peut la pratiquer sans contrainte, par tous les temps, à
tout moment, à condition qu'une radiosonde retombe à
distance raisonnable, bien sûr...
- certains chasseurs y trouvent un aspect "compétition"
très motivant au travers du tableau de chasses qui
permet de comptabiliser les prises.
- il est possible de la pratiquer en commun, soit sur le terrain
en formant une équipe de copains, soit en associant une
station fixe pratiquant le décodage et une équipe
sur le terrain profitant du support moral et technique de l'OM
à l'écoute.
- l'écoute, en particulier au travers du décodage,
permet de concilier la radio, l'observation météorologique,
ou l'étude de la propagation des ondes
- la chasse, par l'aspect aléatoire et inattendu des points
de chute, incite à découvrir d'autres régions
ou des endroits inhabituels.
- sur le plan technique, la chasse et l'écoute des RS offrent
la possibilité de réalisations techniques très
pointues en électronique (décodeurs...) ou en radiofréquences
(préampli, récepteur...) et de développements
informatiques (décodage, prévisions...). C'est d'ailleurs
cet aspect qui a créé un certain engouement chez
les " anciens " qui ont retrouvé, à travers
l'écoute et la chasse aux RS, ce qui leur avait plu lors
de leurs débuts : beaucoup de choses sont à créer
!
Mais la raison la moins rationnelle,
si l'on peut dire, est sans doute l'attirance de l'humain, cloué
au sol, pour tout ce qui vole. Pour en être convaincu il
suffit d'assister au lâcher d'un ballon-école et
de voir la joie des enfants (et de leurs parents ou grands-parents)
et le nombre de photos qui sont prises du ballon qui s'envole
en emportant avec lui un petit peu des rêves de chacun.
Le mouvement "chasse aux RS" et son développement
Il ne suffit pas d'avoir une idée, même
géniale, et de la proposer à la population mondiale
pour que tout le monde se précipite dessus. Un bon produit
ne se vend pas tout seul, du moins au début de sa carrière,
il faut à la fois le faire connaître, convaincre
les gens que ce produit leur est indispensable et les assister
dans leur premiers pas. Quand, lors des premiers exposés
présentés devant des OM qui découvraient
la chasse aux radiosondes, F5ZV racontait sa première chasse
de nuit dans la montagne jurassienne avec Stéphane F1SRX,
la plupart des spectateurs se demandaient quel type d'aventurier
ou de malade mental ils avaient en face d'eux. Quelques mois ou
années plus tard, ces mêmes OM trouvent naturel de
sortir la nuit sous la pluie pour retrouver la radiosonde dont
ils viennent de décoder le point de chute.
Les exposés dans les radioclubs (plus d'une
quinzaine pendant les deux premières années), l'assistance
et l'émulation sur la liste de diffusion, les chasses en
équipe... ont beaucoup fait pour encourager les sceptiques
intrigués sauter le pas : bricoler une antenne et la brancher
sur leur récepteur ou leur transceiver UHF pour écouter
au moins une fois ces modulations peu ordinaires dont ils entendaient
parler.
Toute communauté
a ses fêtes régulières, ses rencontres épisodiques,
ses actions en commun qui sont autant de points de repère
dans le calendrier. Il était évident dès
le début que le développement du mouvement serait
plus rapide si on pouvait inciter les chasseurs à participer
à une ou deux opérations annuelles.
Pour l'automne, F1SRX a proposé une journée
technique consacrée aux ballons-écoles et aux radiosondes
avec des exposés variés, des démonstrations,
des présentations de matériel. La première
rencontre eut lieu à Maîche, dans le Haut-Doubs,
fin août 2008 (photo ci-contre), les suivantes à
Trappes (2009), Brest (2010) et enfin Bourges en septembre 2011.
A chaque fois le nombre de participants ne dépassait pas
40 mais c'étaient des grands moments d'échanges
(d'informations, de matériel, de radiosondes...), non seulement
entre les chasseurs de radiosondes mais aussi avec des professionnels
de Météo-Suisse, de Modem, de Météo-France,
de l'ETBS (Bourges)... et à chaque fois ce fut l'occasion
de rassembler des informations pour alimenter le site et les conversations
sur la liste de diffusion.
Pour le printemps, il fallait trouver quelque chose
et la Journée mondiale de la météo
fut un bon prétexte pour instaurer la "journée
internationale d'écoute des radiosondes", belle occasion
de sorties en groupe sur un point haut, de faire découvrir
à des néophytes les modulations des radiosondes
ou l'utilisation des logiciels de décodage et de comparer
antennes, récepteurs et préamplis avec encore, pour
conséquence, une augmentation de l'activité sur
la liste.
Le troisième étage de la fusée
"chasse aux radiosondes" a été le système
d'alertes par emails développé et géré
par Francis F6AIU. Le principe en est simple : calculer chaque
jour le point de chute de chacune des radiosondes régulières
lâchées en Europe de l'Ouest et envoyer un email
à chaque abonné dont la position géographique
est à moins d'une certaine distance (50km à 70km
en général) de ce point.
Très vite, son succès a été
très grand et il a contribué à réactiver
sans cesse l'intérêt pour les radiosondes chez les
OM en agissant comme une relance plus ou moins régulière.
Dès la mise en place du site, F5ZV avait eu
l'idée de mettre en place et de gérer au jour le
jour un "tableau de chasses", en fait une liste chronologique
des radiosondes trouvées avec quelques informations comme
le lieu de récupération, le type de RS et le nombre
de radiosondes retrouvées par chaque chasseur. Cet outil
a été très efficace pour attiser la motivation
de beaucoup de chasseurs - même si aucun classement n'a
jamais été mis en avant - et pour établir
des statistiques pour mieux connaître l'activité
de radiosondage en Europe de l'ouest. Ce tableau a été
repris en main fin 2012 par Pierre, F4GLJ, qui en a fait une application
très puissante et très utilisée. Depuis début
2016 c'est Loïc qui en assure la gestion.
Neuf ans plus tard
Les actions citées n'ont pas été
les seules menées pour favoriser le développement
de la chasse et de l'écoute des Radiosondes. Des expositions
et des exposés nombreux ont été présentés
au grand public et à celui des radioamateurs lors des rencontres
comme les salons radioamateurs, la Fête de la science...
Nombreuses ont été les réalisations
décrites sur des sites et des blogs perso qui comportent
très souvent une ou plusieurs pages décrivant une
chasse ou indiquant comment écouter les radiosondes. La
plupart du temps ces pages Internet comportent un lien sur la
site "radiosonde.eu". L'encyclopédie en ligne
Wikipédia a très tôt été complétée
avec une page consacrée aux chasseurs de radiosondes.
Les passionnés d'écoute ont rassemblé
une masse d'informations précieuses (fréquences,
horaires, types de RS...) sur le radiosondage en Europe. Comme
les services pratiquant le radiosondage travaillent souvent en
ignorant ce que font leurs voisins, cette base d'informations
est unique en Europe.
Plusieurs OM ont passé beaucoup de temps et
d'énergie à développer des applications de
décodage ou de suivi des radiosondes.
Un des plus beaux exemples est "EcouteRS" de F5JTZ/F1UMW.
Cette application Internet utilisable également sur smarphone
permet de suivre en direct le vol d'une radiosonde. Utilisable
par tout internaute, elle a permis de toucher un public non radioamateur
qui découvre ainsi le monde de la radio. Plusieurs d'entre-eux
sont devenus radioamateurs.
Au travers de tous ces sites, nombreux sont les étudiants
qui, à la recherche d'un sujet pour un projet d'études,
passent et s'attardent sur le site radiosonde.eu ; plusieurs projets
ont été ainsi soutenus par la communauté
des radioamateurs passionnés par le radiosondage.
Portaits de passionnés
Qu'on ne cherche pas à les identifier, ils
n'existent pas physiquement et pourtant toute ressemblance avec
certains membres du groupe radiosonde-monitoring ne serait pas
tout à fait fortuite.
Alex, écouteur de radiosondes
F0AAA a de la chance, il habite une région centrale, et
sa maison est construite sur une sorte de point haut. Sa passion
de toujours : l'écoute, et il n'a passé la licence
F0 que pour être en mesure de signaler la découverte
d'une radiosonde lors d'une de ses rares chasses. Car il ne chasse
pas beaucoup, Alex, c'est un sédentaire dont le plaisir
est d'écouter toutes les bandes et tous les modes. Son
toit est hérissé d'antennes et son jardin est envahi
par les mâts, pylônes et bouts de fils entrecroisés.
Il avait déjà entendu les signaux des radiosondes
sur la bande météo mais n'avait pas su les identifier
(satellites, parasites ?) et c'est en écoutant les conversations
sur le relais régional qu'il a découvert l'existence
du site "radiosonde.eu". Aussitôt, il a installé
SondeMonitor et une antenne yagi 20 éléments 403 MHz
de sa fabrication entre la 6 éléments 50 MHz
et la 16 éléments 430MHz. Chaque jour, il décode
tout ce qu'il peut et signale sur la liste de diffusion la fréquence
et la position de chaque RS entendue.
Ben, technicien de haut niveau
F1BBB n'est pas non plus un chasseur fou, il est rare qu'il sorte
pour chasser, ou alors c'est qu'une radiosonde égarée
vient le narguer dans son potager. Pourtant il habite dans un
secteur particulièrement favorisé. Mais il préfère
le confort de son labo-atelier où méticuleusement
il a mis au point trois préamplis de très grande
qualité qu'il a revendu à bas prix à Alex
et à Fred pour qu'ils puissent améliorer les performances
de leurs équipements. Ce chasseur de décibels a
trouvé dans la chasse aux RS une autre raison de s'éclater
: la réalisation d'un récepteur 400 à 406
MHz incluant un décodeur affichant en temps réel
l'altitude et la position de la radiosonde écoutée.
Chris, le baroudeur
Contrairement à Alex et Ben, F2CCC n'est pas un sédentaire,
il faut qu'il bouge, par tous les temps, et les kilomètres
ne lui font pas peur. Chris ne s'embarrasse pas de calcul de prévision,
il jette un coup d'oeil sur l'alerte qu'il a reçu, étudie
rapidement le windgram de la région, essaye de voir l'évolution
du temps... et fonce. Dès que la radiosonde est en l'air,
il la surveille du bout de sa directive, guette le moment de l'éclatement
et essaye de deviner si le parachute s'est ouvert, rien qu'en
écoutant les variations du signal. Après ça
il fonce vers l'endroit supposé du point de chute, s'arrête
de temps en temps en catastrophe sur le bas-côté,
sort l'antenne et le récepteur et s'assure que la RS se
dirige bien là où il l'a prévu. Pas de PC
ni de décodage, il chasse en "bio" et, même
s'il se fait devancer la plupart du temps par les copains qui
utilisent le décodage pour retrouver les RS c'est souvent
lui qui récupère le boîtier dans un arbre
en grimpant comme un écureuil ou dans une pâture
à vaches qu'il fait fuir avec de grands cris...
Dan, le décortiqueur d'octets
F3DDD est l'alchimiste du groupe. Il travaille dans l'ombre et
ne communique qu'avec un petit nombre de copains.. Son but est
de comprendre "comment ça marche" et quand il
sait, cela ne l'intéresse plus. Si vous voulez lui faire
plaisir, donnez lui l'enregistrement des signaux transmis par
une RS et vous n'entendrez pratiquement plus parler de lui tant
qu'il n'aura pas percé le secret du codage des informations
transmises. Il aime travailler avec Ben, l'un analyse les circuits
électroniques et l'autre dissèque les trames.
Ed, l'organisateur
Edouard F4EEE est le boute-en train du radioclub. Secrétaire
de l'ADRASEC, il s'est enthousiasmé pour la chasse aux
RS dès qu'il en a compris les avantages pour l'entraînement
à la radiogoniométrie : "vous vous rendez compte,
les gars, deux exercices gonio par jour, et un de nuit tous les
jours ! ". Un vendredi soir, il avait fait venir F2CCC avec
son matériel et tout un carton de radiosondes pour la réunion
hebdomadaire du radioclub et avait tenté de convaincre
les autres membres de l'accompagner sur le terrain. Cela n'avait
pas été facile car les "culs-de-plomb"
avaient eu bien du mal à sortir un samedi après-midi
pour accompagner Chris dans une chasse d'initiation. Mais au bout
d'une paire d'années, de deux sorties barbecue pour écouter
les RS et surtout depuis que SondeMonitor décode à
peu près toutes les types de radiosondes, il sont maintenant
souvent quatre ou cinq sur le terrain lorsqu'une radiosonde retombe
dans le coin. Mais Chris les a prévenu en plaisantant :
"Attention les gars, le premier qui trouve la RS se signale
sur 145.550 sinon je lui crève les quatre pneus...! ".
Fred, le collectionneur
SWL, il collectionnait déjà les préfixes
du DXCC et les vieux postes à galène. Du jour où
Chris F2CCC lui a donné une RS92-SGP et une M2K2 il s'est
mis à collectionner les radiosondes. Il en a maintenant
plein une longue étagère qu'il a lui-même
chassées, qu'il a échangées avec des passionnés
comme lui lors de salons et rencontres radioamateur (comme celle
de Bourges en 2011) ou qu'il a commandées sur eBay ! Mais
comme la collection de boîtiers ne mène pas bien
loin, il y a ajouté les parachutes qu'il accroche au plafond
de son musée et dont les ficelles pendouillent au-dessus
des lampes TM ou des pioches d'avant la guerre. Bien sûr
il s'est mis à écouter la bande 400 à 406
et a dressé une liste de toutes les fréquences utilisées.
Depuis chez lui il a réussi à décoder les
RS de 14 centres différents et il a passé des heures
en pleine nuit pour essayer d'entendre la RS80 du centre de Petahouchnok
en Bordurie méridionale. Maintenant qu'il a découvert
l'existence du Tableau de chasses il passe une grande partie de
ses heures de loisirs à chasser tout ce qui retombe dans
un rayon de cent kilomètres autour de son QRA. Et son XYL
dans tout cela, me direz-vous ? Oh, pas de problème, elle
collectionne les ours en peluche et les bigoudis. A chaque nouvelle
radiosonde trouvée par son OM, elle achète une nouvelle
pièce sur eBay.
Gast, le chasseur lambda
Gaston, c'est vous, c'est moi, le chasseur lambda, qui touche
un peu à tout et chasse quand il a le temps, c'est à
dire quand il en a envie. Il aime bien la gonio mais ne veut pas
passer des heures à ratisser la moitié d'un département
pour retrouver le signal de la radiosonde échouée,
au risque d'échouer lui-même en arrivant trop tard.
Il lui arrive de chasser de nuit avec un copain mais à
condition de ne pas avoir à se lever le lendemain pour
aller au boulot. Suspendues dans son shack : une M2K2 et une M10
qu'il a chassé lui-même et une DFM-06 qu'un copain
lui a donné. Sur son mât, une 7 éléments
qu'il a fabriquée lui-même et qui lui sert à
décoder les radiosondes qui retombent dans son secteur.
Il lit tous les messages de la liste mais n'est pas très
bavard.
Gast, c'est aussi Gastonne, l'épouse de Christian ou d'Edouard
qui réveille son mari en pleine sieste pour lui signaler
que la Trappette ou la Nîmoise est retombée tout
près et qu'elle a déjà les bottes aux pieds.
Ou bien c'est Germaine, F9XYL, qui fabrique ses antennes, grimpe
aux arbres avec ses griffes et chasse en VTT dans les landes et
les maquis, au grand dam de son mari.
Et après ?
Aujourd'hui, en 2018, des chasseurs et écouteurs
de radiosondes se posent des questions : combien de temps encore
allons nous pouvoir écouter et rechercher nos chères
petites bêtes ?
L'avenir du radiosondage peut être mis en doute : le coût
de l'hélium qui ne cesse d'augmenter (mais on parle à
nouveau d'utiliser l'hydrogène), l'utilisation des satellites
et des LIDAR, la puissance de calcul des ordinateurs... font qu'entre
2007 et 2013 deux stations régulières sur six (Lyon
et Nancy) ont cessé d'envoyer des ballons en France, Payerne
a supprimé ses radiovents de 06 et 18Z, certaines stations
anglaises ne lâchent plus de radiosondes qu'en fonction
des besoins...
Dans le domaine de la météorologie comme
dans beaucoup d'autres, les changements sont très lents.
Il est fort probable que, vu l'âge moyen des radioamateurs,
beaucoup d'entre eux aient rejoint le Ciel avant que les radiosondes
aient cessé de l'explorer.
Si on peut penser que les RS continueront encore longtemps
à transmettre leurs données, il n'est pas certain
que les logiciels de décodage pourront suivre leurs déplacements
dans l'avenir. Non pas que le récepteur GPS en soit ôté
mais peut-être parce que les données transmises seront
cryptées, comme cela semble être déjà
le cas sur certaines radiosondes.
Mais même dans ce cas il nous restera encore la radiogoniométrie
pure, à condition qu'un time-killer ou un kill-timer ne
viennent pas couper prématurément l'émission...