L'information primordiale pour les météorologistes,
mais surtout pour les utilisateurs de l'espace aérien concerne
le vent en altitude ou plus précisément les mouvements
des masses d'air aux différents étages de la troposphère.
Pour le mesurer depuis le sol, un moyen tout simple existe : le
ballon-pilote mais celui-ci présente
beaucoup d'inconvénients, par exemple celui de ne pouvoir
être utilisé quand la visibilité est trop
faible. La solution pourrait être de placer un émetteur
(appelé rawinsonde, windsonde ou radiovent)
sous un ballon et de le suivre par radiogoniométrie à
l'aide de deux ou trois stations au sol. Le principe est simple
comme on va le voir, mais encore faut-il que le niveau de technologie
le permette.
Principe
Le ballon B
transporte un émetteur qui rayonne dans toutes les directions.
Deux opérateurs A et C placés sur
le terrain à une certaine distance l'un de l'autre écoutent,
chacun sur son récepteur, le signal reçu à
l'aide d'une antenne directive. Le signal est le plus fort en
direction du ballon, ils peuvent ainsi mesurer à l'aide
d'une boussole la direction (l'azimut) du ballon par rapport au
nord.
A un moment convenu, par exemple à 13h00 exactement,
ils notent la direction du ballon. Puis une minute plus tard,
à 13h01, les deux stations d'écoute réitèrent
leurs mesures. Entre tenps le ballon s'est déplacé,
poussé par le vent et se trouve à la position B'
En traçant sur une carte une demi-droite partant de la
position de chacun des deux opérateurs et orientée
par rapport au nord de la carte selon l'azimut relevé,
on peut déterminer la position du ballon B à l'instant
t et la position B' une minute plus tard. La direction suivie
par le ballon est celle du vent, son déplacement accompagne
celui de la masse d'air. On peut le déterminer facilement
en mesurant la longueur du segment B-B' sur la carte et en convertissant
celle-ci à l'aide de l'échelle. La vitesse est ensuite
facile à calculer. Exemple :
La distance B-B' sur la carte au 1/50000 est de 12mm, donc le
déplacement d du ballon a été de 600m.
Comme il s'est effectué en 1 minute, la vitesse est donc
de 600m/min, soit 10m/sec.
Noter que, si le ballon se déplace vers le 315 degrés,
le vent vient du 135 degrés ; sur la figure ci-dessous
w = 315-180
Historique
Tel l'augure de la Rome antique, l'aéronaute
du 19e siècle interrogeait le ciel pour savoir si les vents
seraient favorables à l'ascension qu'il projetait. Pour
cela il lâchait un ballon-pilote dont il observait la trajectoire
dans le ciel. Au début du 20e siècle, le savant
suisse Alfred de Quervain imagina une application scientifique
à ces ballons-pilotes pour l'étude scientifique
des courants aériens.
Lors de la première guerre mondiale, la guerre de
position fournit aux artilleurs une belle occasion d'étudier
l'influence du vent sur la dispersion des projectiles qu'il expédiaient
chez l'ennemi. En 1917, le lieutenant d'artillerie Pierre IDRAC
et le professeur Edmond ROTHE, officier du génie alors
président de la Commission aéronautique des Inventions
étudient le moyen de mesurer le vent en altitude en installant
un anémomètre sur un ballon captif et imaginent
de transmettre un signal électrique au sol à chaque
tour du moulinet. Seulement, le ballon utilisé est incapable
d'enlever une grande longueur de fil téléphonique
et la solution qu'ils trouvent est d'utiliser un émetteur
à étincelle modulé (ou plutôt "manipulé")
par un contact électrique manoeuvré par le moulinet.
Le câble d'acier retenant le ballon était utilisé
comme antenne, la partie métallique de la nacelle servant
de contrepoids. Ce système expérimental préfigurait
la radiosonde qui allait s'envoler une douzaine d'années
plus tard. Il est intéressant de noter qu'à la même
époque les Allemands Friedrich HERATH et Max Robitzsch
menaient le même type d'expérimentation à
Lindenberg, aboutissant à la mise au point de la "Drahtsonde",
la "sonde à fil" (sous-entendu : utilisant le
câble du cert-volant ou du ballon captif). On ne peut soupçonner
les uns d'avoir copié sur les autres...
La localisation d'un émetteur par radiogoniométrie
est une pratique très au point en 1920, au sol, mais aussi
pour le repérage des ballons dirigeables. Il était
donc naturel pour les météorologistes les plus innovateurs
de vouloir accrocher un émetteur sous un ballon-pilote
pour suivre les déplacements de celui ci à l'aide
de stations de radiogoniométrie au sol. Le principe des
radiogoniomètres était basé sur une des propriétés
des antennes-cadre qui présentent un nul très marqué
dans leur diagramme de rayonnement. Il faut noter que ces antennes-cadres
sont utilisées principalement sur des fréquences
inférieures à quelques MHz.
Dès le début des années 1920, Friedrich
HERATH à Lindenberg tente d'utiliser un émetteur
à étincelles mais après de nombreux essais
il renonce, le fonctionnement en vol est bien trop aléatoire
et de dépasse pas 30 minutes dans le meilleur des cas.
En outre la mesure de direction est beaucoup trop imprécise.
Paul DUCKERT reprend le flambeau avec un émetteur à
tube sur ondes courtes sans plus de succès. Poussé
par le directeur de l'Observatorium de Lindenberg, Hugo
HERGESELL, il oriente ses recherches en 1927 vers la mise au point
d'un "Radiometeorograph" en couplant d'abord la Drahtsonde
à son émetteur mais n'aboutira qu'en 1930.
En 1924, aux Etats-Unis, William R. BLAIR procéde à
des essais d'un émetteur ondes courtes à tube dont
la tension plaque est fournie par un vibreur alimenté par
la basse tension de la pile de chauffage du filament. Il ne publiera
ses résultats qu'en 1931.
En fait, il semble que la mesure des vents en altitude à
l'aide d'un émetteur n'ait été considérée
comme rentable qu'à partir du moment où cet émetteur
a pu servir également à transmettre des mesures
de température et d'humidité et bien sûr de
pression, information permettant de calculer l'altitude de la
sonde. Dès les années 1932-1935, les radiosondes
françaises pouvaient être équipées
d'un émetteur fonctionnant entre 27 et 30MHz pour les sondages
PTU seuls ou bien entre 1,6 et 2,3MHz pour les mesures à
la fois de type PTU et mesure de vents. A cette même époque
l'O.N.M. étudie un radiogoniomètre dons l'antenne-cadre
tourne en permanence à 10t/min et trace automatiquement
les mesures sur une large bande de papier. Les émetteurs
utilisés ont une puissance d'environ 2 watts et transmettent
sur 2,5MHz.
Parmi les radiosondes développées
par les Allemands pendant la guerre figure la RS7, une Windsonde
utilisée par la Kriegsmarine pour mesurer les vents
en altitude. Elle était suivie en vol à l'aide d'un
système appelé MW-2 (pour Marine Windpeilung,
détermination du vent par relèvement) utilisant
trois stations radiogoniométriques espacées d'une
vingtaine de kilomètres. La sonde, qui transmettait un
signal modulé dans la bande 95,8 à 97,7 MHz était
équipée d'un capteur de pression pour en connaître
l'altitude.
Dans les années 1950,la Météorologie nationale
française commande à la société METOX
qui lui fournit ses radiosondes, une sonde économique destinée
à la seule mesure des vents en altitude. Cet appareil est
en fait composé de deux éléments indépendants
:
- l'émetteur, sur 400MHz, qui peut être suivi avec
un radiothéodolite. Il pourra être ajouté
à une radiosonde PTU ordinaire fonctionnant sur 27-30MHz
- le barocontacteur muni d'une capsule anéroïde actionnant
un interrupteur à des niveaux d'altitude déterminés
et dont le rôle est de manipuler l'émetteur.
Après la guerre, le développement du radar à
incité à faire les mesures de vents à l'aide
de celui-ci en accrochant sous un ballon un réflecteur-radar.
Mais les windsondes ont quand même continué à
être utilisées de façon marginale, ne serait-ce
que parce que le radar représentait un investissement lourd.
Sur la photo ci-,
Aux USA, la société Space Data Corps fabrique la
MSS windsonde tandis qu'en Suisse Meteolabor
developpe sa MRS-SRS400W vers la fin des années 80 puis
la MRS-SRS-C34/63 "GPS Wind-Sonde",
en photo ci-dessus
Aujourd'hui (en 2015) les radiovents reviennent dans les catalogues
des fabricants, comme la petite pilotsonde
PS-15 de la société allemande GRAW.
Photos de windsondes
La rawinsonde METOX regroupe dans
son boîtier le barocontacteur (à gauche) et l'émetteur
400MHz qui lui est relié.
Cette petite windsonde
très originale transmet en morse l'altitude à laquelle
elle se trouve. Sa fréquence d'émission (aux environs
de 30MHz) incite à penser qu'elle était suivie
par un radar.
Sources et documents
- La méthode radiogoniométrique de l'O.N.M. pour
la mesure de la direction et de la vitesse du vent par temps couvert
- CORRIEZ et PERLAT - La Météorologie 1935
- Le Radiosondage de l'atmosphère par Robert BUREAU
dans Ciel et Terre d'avril 1937.
- Bilan des travaux de la Météorologie Française
Juillet 1945-juillet 1956 - André VIAUT - Météorologie
Nationale 1957
Sources et documents
- Radiosondeurs de Payerne
- Richard P. ancien radiosondeur