Certaines radiosondes comme la RS80 et maintenant les RS92 sont
parfois alimentées par une pile peu courante qu'il suffit
de tremper dans l'eau pour réactiver. Cette pile étonnante
intrigue celui qui découvre une radiosonde et comme on
ne trouve pratiquement rien en français sur Internet concernant
ce sujet, voici quelques explications.
Description
Quand on ouvre une RS92 fraîchement tombée on y trouve
un bloc, de dimensions 80x50x35mm, constitué d'un empilement
de carrés de feutre de couleur verdâtre séparés
par des films en plastique jaune. Le tout semble avoir gonflé
et suinte un liquide corrosif vert peu encourageant. Si la radiosonde
fonctionne encore, le bloc est chaud, malgré son séjour
à -50 degrés dans la stratosphère.
Deux fils sortent du bloc, un rouge et un noir, qui sont réunis
par un connecteur branché sur la platine électronique
de l'appareil. Si on mesure la tension aux bornes de ce connecteur
on pourra trouver entre 10 et 19 volts.
Ce bloc surprenant est la pile qui alimente la radiosonde pendant
tout son vol et plusieurs heures après sa chute. Comme
il suffit de lui ajouter de l'eau pour la faire fonctionner on
l'appelle parfois "pile à eau".
Un simple bloc de
12 éléments pour la RS92-KL de Nancy
Deux blocs de 5
éléments pour la RS92-SGP de Bordeaux (Ph. de François)
La Viz Mark2 est
livrée avec sa pile à eau emballée dans
un sachet étanche.
Fonctionnement
La pile à eau est
en fait une pile qui peut être conservée à
l'état inerte plus de 10 ans à condition d'être
stockée parfaitement au sec. Elle est dite "à
activation aqueuse" ou encore "amorçable par
ajout d'eau". Elle est basée sur une réaction
chimique s'opérant entre une électrode positive
contenant du chlorure cuivreux (CuCl) et une électrode
négative à base de magnésium. C'est Bert
ADAMS, un inventeur américain, qui la mit au point en 1939
(brevet de 1943) ; elle a été améliorée
depuis.
Un quart d'heure avant son utilisation, la pile est sortie de
son emballage étanche et trempée dans l'eau pendant
5 minutes. On la laisse ensuite égoutter encore 5 minutes
et elle est prête à débiter. La tension à
vide est de 19 volts environ, la pleine puissance est obtenue
au bout d'un quart d'heure. Chaque élément produisant
1,3 volts en charge, la tension de sortie à charge constante
est relativement stable pendant une grande partie de la décharge.
La pile de la RS92 a une capacité de 6 ou 7 Wh. L'autonomie
annoncée pour cette radiosonde est de 135 mn au minimum
mais en pratique elle peut dépasser 4 heures, du moins
en émission.
Un des avantages de ce type de pile pour l'alimentation des radiosondes
est sa gamme de température de fonctionnement qui peut
descendre à -60°C ainsi que son rapport capacité/kg
deux fois plus grand que celui d'une pile Leclanché.
La photo ci-contre montre l'élément de la RS92 qui
renferme la pile pendant le vol. On voit que la pile est encore
neuve, elle vient juste d'être activée avec l'eau
contenue dans le gobelet.
Utilisation
La pile à eau a plusieurs avantages. Stockée
bien au sec dans son emballage étanche elle peut être
conservée éternellement.
Les lanceurs automatiques Vaisala (autosonde) utilisaient encoredébut
des années 2010 un procédé astucieux quoique
rustique pour mettre sous tension une RS92 : une petite pompe
envoie une giclée d'eau dans le boîtier de la pile,
celle-ci s'active et la RS se met à fonctionner. Elle s'arrêtera
quand la pile sera épuisée, au bout de 6 à
7 heures de fonctionnement.